La ferblanterie au travers du temps !

La ferblanterie … voici une industrie qui s’est bien modifiée depuis le Moyen Age.
Autrefois, le chaudronnier ne travaillait qu’à la main ; il ne faisait que les ustensiles de cuivre réservés aux usages domestiques ou les pièces importantes destinées au culte, telles que les lutrins et les fonts baptismaux, ou les candélabres.
C’était souvent un artiste, et jusqu’au XVIIe siècle les chaudronniers nous ont laissé des pièces admirables qui font l’ornement de nos musées et de nos églises, comme le merveilleux chandelier de la cathédrale du Mans. Cette industrie était répandue dans toute l’Europe, mais la ville de Dinant, sur la Meuse, aujourd’hui en Belgique, avait une réputation spéciale pour ce genre d’ouvrages.
A Dinant, jusqu’à la prise et la destruction de la ville par Charles le Téméraire en 1466, on fabriqua surtout les ustensiles de ménage, les coquemars, les aiguières, les flambeaux à figures d’hommes ou d’animaux, les bassins, les mortiers, etc. La gloire de Dinant en ce genre d’ouvrages était si bien établie, qu’on appelait souvent les chaudronniers dinandiers ; on les nommait aussi parfois maignans, d’un vieux mot français, magnien, qui signifie chaudron.
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Dans ce métier, comme dans beaucoup d’autres au Moyen Age, il y avait une aristocratie de gros fabricants et une classe dédaignée de pauvres ouvriers ; les premiers étaient les chaudronniers proprement dits, qui, liés à demeure dans leurs ateliers, fabriquaient tous les beaux objets ; les autres étaient les chaudronniers dits au sifflet : ils n’avaient pas le droit de travailler dans les villes où les chaudronniers étaient constitués en communautés. Sifflotant dans une flûte de Pan, d’où leur nom, ils parcouraient les villages, ayant tout leur attirail dans un sac qu’ils portaient sur leur dos ; à eux les étamages, les raccommodages et parfois aussi la vente des vieux objets de cuivre.
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A côté de la chaudronnerie, qui ne travaille que le cuivre ou le bronze, s’est développée dans les temps modernes l’industrie du fer blanc, qui consiste dans la fabrication d’objet faits avec des feuilles de fer mince trempées dans de l’étain en fusion. Digne successeur et concurrent du chaudronnier et de l’étameur, le ferblantier apparaît tardivement dans la grande famille des artisans spécialisés dans les métaux. Se développant principalement pendant le dix-neuvième siècle, l’industrie du fer-blanc est née en Bohême, à la fin du quinzième siècle, où des ingénieurs mettent au point le procédé du laminage, qui permet de fabriquer des feuilles de tôle à partir de barres de fer compressées entre deux cylindres tournant en sens inverse.
Au départ manuels et de taille réduite, ces laminoirs deviennent de plus en plus importants. Ils sont actionnés par des roues à eau à partir du dix-septième siècle, puis par des machines à vapeur deux siècles plus tard. Les feuilles obtenues sont ensuite décapées et trempées dans un bain d’étain.
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Si l’Allemagne et l’Angleterre tiennent le haut du pavé tout au long de cette période. Sous l’impulsion de Colbert, qui se donna beaucoup de peine pour introduire la ferblanterie en France ; il chargea un représentant du roi de France en Allemagne, l’abbé de Gravel, de corrompre quelques ouvriers allemands et de les amener en France. L’abbé y réussit, et ces ouvriers fondèrent à Beaumont dans le Nivernais en France la  première fabrique de ferblanterie. Les français parviennent rapidement à rattraper leur retard avec la création de nombreuses fabriques de ferblanterie.
Les objets fabriqués en fer-blanc, notamment les ustensiles de cuisine, comme les casseroles, les louches ou autres bidons à huile ou à lait, commencent à remplacer les éléments en cuivre, en étain et en bois, plus chers, ou bien moins solides.
La facilité avec laquelle le ferblantier peut travailler ces feuilles lui permet de réaliser des formes de plus en plus raffinées, spécialement pour les lanternes qui viennent orner les entrées des maisons et l’intérieur des églises, ou encore les bougeoirs et les chandeliers.
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Jusqu’au développement des machines industrielles pour la fabrication de ces objets qui seront ensuite vendus dans des quincailleries, le ferblantier est un artisan itinérant vendant ses produits bon marché de village en village, où il propose également ses services de réparateur.
Ses outils (fer à souder, cisaille, petite enclume et petite forge) sont peu nombreux et lui permettent de travailler où bon lui semble, raccommodant contre quelques pièces bassines, pots, seaux, bidons, entonnoirs, fourchettes, cafetières ou arrosoirs avec l’aide de sa femme et de ses enfants.
Depuis, cette industrie a prospéré ; elle s’est beaucoup augmentée de nos jours, par suite du développement de la préparation des conserves alimentaires, poissons, viandes, légumes, etc., que l’on renferme dans des boîtes en fer blanc.

Aujourd’hui l’appellation de ferblantier n’est plus utilisée qu’au Québec et en Suisse, où elle désigne des professionnels de la couverture et de la ferblanterie des toitures, spécialisés dans le travail du cuivre ou l’acier galvanisé.

(D’après « Les métiers et leur histoire », paru en 1908)